C’est étrange. Je sens comme…. quelque chose de nouveau et d’intrusif. Je ne sais comment l’exprimer. Je somnolais, les sens figés par une longue période d’inactivité et puis soudainement, j’ai été tiré de ma léthargie par une pique désagréable, une douleur aiguë qui a transpercé mon être, brève, brutale puis celle-ci a disparu. Je me suis dressé sur mon séant, encore enveloppé par les brumes d’un long sommeil, je me suis extirpé de cette gangue de somnolence qui m’a si longtemps habitée. J’ai tenté de rassembler mes pensées, une initiative téméraire et compliquée pour quelqu’un habitué à demeurer passif, en attente d’une hypothétique intervention qui jamais ne survient. Ai-je rêvé ? Pourtant, j’en suis sûr, quelqu’un ou quelque chose a fait irruption ici qui ne s’y trouvait pas auparavant.
Je me lève de ce fauteuil trop confortable qui obscurcit ma vision et atrophie mes sens. Je hume l’air, je tente de capter les soubresauts d’éventuelles secousses. Il n’y en a pas. J’observe ces terres qui s’étalent en contrebas. Chaque camp déploie l’étendard de la guerre en devenir à sa façon. De nouvelles grandes perturbations menacent. Les Pays seront soumis à d’intenses contraintes, provoquant leurs lots de bouleversements et modifiant les connexions inter-pays. Beaucoup en seront déroutés et sombreront dans la folie. Un nombre conséquent d’habitants sera englouti, avalés par la terre affamée, noyés sous les flots démontés, seuls les plus forts ou chanceux survivront. Rien d’anormal à cela, c’est ainsi que le Pays se régénère.
Il arpente ce balcon, entaillant de ses pas lourds ce sillon qu’il a lui-même creusé. Aujourd’hui, quelque chose de différent s’est produit. Quelque chose est venu de l’extérieur. Ses yeux caves balaient les Pays, scrutent, se faufilent. Rien. Il ne décèle rien. Il ou elle se cache. Il va falloir le ou la débusquer. Il déploie ses longues ailes et se jette dans le vide. Son ombre immense recouvre le sol à son passage, éjectant la vie par-delà.
—————-
La vie au camps est dictée par un ensemble de règles et d’habitudes immuables qu’il faudra assimiler. Thane et Ash partagent leur tente avec la jeune guerrière Forte tête, peu loquace, ni même accueillante, mais qui ne les ennuie pas.
Indécis ne sait pas quoi penser. Il se perd en conjonctures… L’idée de faire venir une gamine de neuf ans au camps ne l’emballe pas. Il hésite, pèse le pour ou le contre. C’est d’accord, il accepte de s’entretenir avec le sergent. La voix tonitruante de Longue perche apporte une réponse explicite. Ils sortent de la tente et aperçoivent un petit corps tonique nantit de deux nattes rousses flamboyantes qui ne cessent de se balancer, courir devant eux. Mais que fait cette chipie d’Élibane au camps. Par quel moyen est-elle venue ici ? Après une discussion compliquée avec le sergent, ce dernier accepte que la petite reste quelques jours. Mais elle a intérêt à se tenir à carreau. Il les tiendra pour responsables si elle provoque du grabuge.
Élibane observe, se promène, participe un peu aux diverses activités du camps. Il faut dire qu’elle sait faire beaucoup de choses pour son âge. Elle se montre étonnamment sage et disciplinée -du moins en apparence-. Leur petite sœur, lucide et intelligente, fait preuve d’une surprenante capacité d’adaptation. Elle a compris que si elle espérait se faire accepter, il fallait qu’elle ne gêne personne et qu’elle contribue dans la mesure de ses moyens à la vie du camp. Elle rend de menus services aux uns et aux autres, joue avec Doigts agiles -trop contente de trouver une compagne de jeu-, s’occupe de Longues oreilles, donne à manger aux trois coursiers, se méfie d’Autine, qu’elle connaît un peu. Forte tête s’est rapprochée de la petite et l’a prise sous son aile. Toute personne qui l’importunera aura maille à partir avec elle.
Ils envoient un message à leurs parents par l’intermédiaire du coursier Agile pour les rassurer. Tout va bien. Élibane est avec eux. Elle est en bonne santé. Ils s’en occupent.
Ils assistent aux funérailles d’Ahuri, un membre de l’Escouade tombé lors d’une embuscade. Depuis quelques temps les heurts avec les hordes de la Main de fer se sont multipliés. Les sorties sont devenues plus dangereuses d’autant qu’ils ont dû faire face à des créatures qui se tenaient à l’écart des activités des hommes, tout droit descendues des montagnes ou sorties des entrailles de la terre. La cérémonie fut touchante, tous les membres de l’Escouade étaient rassemblés autour de la dépouille de leur infortuné compagnon, glissant tour à tour quelques mots sur sa tombe. Chose rare, même Solitaire, l’elfe magicien, s’est joint à eux. Signes qu’en dépit des divers accrochages qui surviennent de-ci de-là au sein du camps, ils forment une famille unie.
Grosse-Poigne a rassemblé les sept apprentis. Il faut les voir, ces sept femmes et hommes, vêtus de leur habits de fermiers ou de chasseurs, tenter de se tenir droits face au rude guerrier qui prend sa mission à cœur. Si Ash se prête volontiers à ce petit jeu, les exercices physiques l’enchantent, Thane rechigne, hausse les yeux au ciel, exprime son mécontentement. Grosse poigne les a examinés longuement, passant de l’un à l’autre, s’est lancé dans une diatribe autour des valeurs du combat, vantant les bénéfices d’une vie saine à l’extérieur. Les futurs impétrants endossent chacun une armure de cuir, se saisissent de l’arme que leur a tendu leur instructeur, et entament au petit trot le tour du lac, tout en entonnant un chant guerrier inventé de toutes pièces par leur généreux formateur.
La journée se poursuit, ponctuée par de nombreux exercices physiques éreintant. Les journées se ressemblent, chacune apportant son lot d’efforts. Thane n’a eu de cesse de clamer son désamour pour les armes. Les apprentis -habitués aux travaux du grand air- supportent avec plus ou moins d’aplomb la charge de travail imposée par Grosse poigne. Cela relève, semble-t-il, d’une épreuve afin de tester leur résistance et leur aptitude à s’intégrer dans l’Escouade. Pour reprendre les mots crus de Longue perche, « montrez-moi ce que vous avez dans le ventre ! »
Une dizaine de jours s’écoulent ainsi. Les hommes s’habituent à la présence de la petite, toujours suivie comme son ombre par le chat Alioso, lequel a abandonné son lit douillet. Même le sergent, si respectueux du règlement, n’y voit plus d’objection. Forte tête l’a chaperonne. Il faut voir la jeune femme au caractère bien trempé, se montrer attentionnée dès qu’elle se trouve en présence de Couette, le surnom que lui a attribué Doigts agiles, n’hésitant pas à s’opposer à tous ceux qui oseraient s’en prendre à elle.
Enfin, vint le jour tant attendu. Longue Perche se tient face à eux. De sa voix puissante, il leur annonce qu’ils sont murs pour commencer leur apprentissage. Le sergent dresse le bilan de leur entraînement, n’hésitant pas à les réprimander ou à apporter son lot de conseils. Personne n’est épargné. Puis, il les répartit en fonction de leurs aptitudes.
|
Autre signe de leur intégration, chacun a été désigné par un qualificatif qui les accompagnera tout au long de leur vie au sein de l’escouade. Autant une habitude qu’une sécurité leur a-t-on expliqué.
27/02/2026, Pf-Level 0->1

