C’est étrange. Je sens comme…. quelque chose de nouveau et d’intrusif. Je ne sais comment l’exprimer. Je somnolais, les sens figés par une longue période d’inactivité et puis soudainement, j’ai été tiré de ma léthargie par une pique désagréable, une douleur aiguë qui a transpercé mon être, brève, brutale puis celle-ci a disparu. Je me suis dressé sur mon séant, encore enveloppé par les brumes d’un long sommeil, je me suis extirpé de cette gangue de somnolence qui m’a si longtemps habitée. J’ai tenté de rassembler mes pensées, une initiative téméraire et compliquée pour quelqu’un habitué à demeurer passif, en attente d’une hypothétique intervention qui jamais ne survient. Ai-je rêvé ? Pourtant, j’en suis sûr, quelqu’un ou quelque chose a fait irruption ici qui ne s’y trouvait pas auparavant.
Je me lève de ce fauteuil trop confortable qui obscurcit ma vision et atrophie mes sens. Je hume l’air, je tente de capter les soubresauts d’éventuelles secousses. Il n’y en a pas. J’observe ces terres qui s’étalent en contrebas. Chaque camp déploie l’étendard de la guerre en devenir à sa façon. De nouvelles grandes perturbations menacent. Les Pays seront soumis à d’intenses contraintes, provoquant leurs lots de bouleversements et modifiant les connexions inter-pays. Beaucoup en seront déroutés et sombreront dans la folie. Un nombre conséquent d’habitants sera englouti, avalés par la terre affamée, noyés sous les flots démontés, seuls les plus forts ou chanceux survivront. Rien d’anormal à cela, c’est ainsi que le Pays se régénère.
Il arpente ce balcon, entaillant de ses pas lourds ce sillon qu’il a lui-même creusé. Aujourd’hui, quelque chose de différent s’est produit. Quelque chose est venu de l’extérieur. Ses yeux caves balaient les Pays, scrutent, se faufilent. Rien. Il ne décèle rien. Il ou elle se cache. Il va falloir le ou la débusquer. Il déploie ses longues ailes et se jette dans le vide. Son ombre immense recouvre le sol à son passage, éjectant la vie par-delà

