Shade, Ligeia, Bibliothécaire Halincourt : Au Cabinet des savoirs d’Enoos

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XVIII/7.2 – Fragment N°2

Au Cabinet des savoirs d’Enoos
Shade, Ligeia, Bibliothécaire Halincourt

Il ne faut pas que je m’y rende seule. Pour quelles raisons ? Je l’ignore. Cela relève plus du pressentiment ou de l’intuition. Alors… dois-je attendre ?

Djalesh et Tralayellarel gouvernent. Comment l’appeler sans que la Reine ne l’accompagne ? Je suis persuadée qu’il rejettera ma demande prétextant que ces histoires de temps le dépassent. Ailhiance vaque on ne sait où dans une de ses errances dont même lui ignore l’objectif. Cependant j’ai cru comprendre que ce vagabondage était différent. Silune…. Ah, Silune. Comment la convaincre ? Moi aussi j’aimerai me prélasser dans mon cher Royaume d’ombre auprès de mes fidèles amies. Non, laissons la. Beaucoup trop énergivore. Je n’ai guère envie de me justifier, de tenter d’expliquer, de me lancer dans d’interminables discussions qui tiennent plus de la ratiocination. Alors, Ligeia…. après tout, elle a accepté -non sans difficultés- d’endosser pour notre Pentacle la fonction de nouvelle gouvernante d’Enoos. Désormais, le monde entier la craint. Avec raison. Une visite du cabinet des savoirs relèverait de ses attributions. Le plus difficile sera d’opérer discrètement, sans sa cohorte de serviteurs et valais en tout genre.

Des volumes en cuir de toutes dimensions encombrent les rayonnages du vestibule. Un vieux gnome au crâne dégarni les a laissées entrer sans aucune attention eu égard à leurs rangs. Presque bougon, il les a conduites jusqu’à cette seconde pièce et leur a signifié de patienter ici. Le maître les recevrait. Puis il est parti, sans même leur offrir ne serait-ce qu’un rafraîchissement. Le rustre. Elle examina les ouvrages entreposés ici. Rien d’extraordinaire à première vue. Beaucoup concernent l’organisation des différentes Guildes d’Enoos, leurs histoires, leurs objectifs voire leurs organisations. D’autres portent sur son urbanisation et détaillent ses districts. Il est vrai que cette ville tentaculaire a de quoi déconcerter. Enfin d’autres intéressent certainement des érudits et pinailleurs, mais rien ne l’interpelle.

« Qu’est-ce qu’il fait ? Il compte nous faire poireauter encore longtemps, le nabot ? », rouspéta Ligeia, agacée. Shade se tourna vers sa sœur. Elle était vautrée sur un fauteuil en osier, les pieds posés sur le guéridon, son éternelle cigarette à la main. Elle n’aime pas attendre, sa sœur d’autant qu’elle s’attendait à un peu plus de considération de la part d’un responsable de Guide vis à vis de celle qui dirige d’une main de fer Enoos. Cela pourrait lui en coûter.

« Il va venir, rien ne presse. Et puis, ce nabot, comme tu l’appelles, est peut-être petit par la taille mais immense par son savoir. Il dirige deux des Guildes les plus importantes d’Enoos ce qui en fait l’un des personnages les plus éminents de la ville. De plus, il détient des informations vitales nous concernant. Donc, pas d’entourloupes !, l’avertit-elle.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi tu avais besoin de moi dans cette affaire. Les gardes du corps ne manquent pas ». Elle expira longuement libérant des volutes de fumée odorantes.

« Encore une de tes combines, c’est ça ? … qui va nous mener dans une impasse ou pire dans une de tes interminables quêtes sans queue ni tête ? J’en ai marre. J’ai accepté cette fonction de dirigeante d’Enoos pour quels résultats ??? Hein ? Je passe mon temps à officier je ne sais quelles grotesques cérémonies, je prononce des discours débiles devant des parterres de gus serviles et idiots. Je suis en train de me rouiller. Elle se trouve où ta clé des souterrains ? » gronda t-elle.

Shade allait lui répondre quand un gnome légèrement voûté fit son entrée.

« Excusez-moi de vous avoir fait patienter, mesdames…. Je suis confus. J’étais en train de compulser un très intéressant traité sur… »

« Nous ne sommes pas venues pour vous écouter ergoter »… coupa d’un ton sec Ligeia. Elle s’était levée d’un bond, jetant négligemment sa cigarette au sol et sans attendre l’invitation du bibliothécaire, s’engouffra dans la pièce par laquelle celui-ci venait d’arriver.

Shade lui jeta un regard noir, mais sa sœur ne la regardait pas. Elle tenta de faire bonne figure

« Nous sommes flattées, vénérable maître que vous ayez accepté de nous recevoir », déclara t-elle d’un ton mielleux. Quand cela était nécessaire, Shade était capable de s’abaisser à ce type de flagornerie. « Excusez son caractère un peu… direct. Ma sœur est elle aussi ravie de vous rencontrer »

Halincourt observa longuement les deux femmes. Un moment de flottement durant lequel le temps sembla ralentir et se détricoter. « Hum… ne vous inquiétez pas Shade ou Hadès. Comment dois-je vous appeler ? Je vous connais très bien. J’ai lu beaucoup d’écrits concernant votre fratrie », toussota t-il tout en repoussant une de ses mèches de cheveux rebelles qui retombait sur son visage. Il lui fit signe de la suivre.

Ils entrèrent dans un vaste cabinet lambrissé. Un bureau ovale occupait le centre de ce temple du savoir. A vrai dire cet endroit était rempli de bibelots, d’objets invraisemblables, de bibliothèques gorgées d’ouvrages entassés sans classement apparent, le tout noyé sous une épaisse fumée orangée émise par une sorte de gros cobra en bronze. Le tapis moelleux était lui aussi jonché de parchemins, de grimoires, d’objets hétéroclites… il était bien difficile de se déplacer dans ce fatras sans risquer de marcher ou de faire choir quelque chose d’improbable.

« Excusez-moi du désordre… mais il s’agit de mon antre… il n y a que comme cela que je m’y retrouve ».

Ligeia n’avait pas attendu le gnome. Elle était affalée dans une des trois chaises en rotin à bascule et s’était emparée d’un petit poignard en argent posé sur le bureau qu’elle faisait tournoyer avec dextérité. Il invita d’un geste l’elfe drow à s’asseoir. Haletant, il se jeta lourdement sur son fauteuil matelassé bien trop grand pour lui, sa tête arrivant à peine au niveau de son bureau. Il appuya machinalement sur l’une des perles blanches de l’accoudoir, ce qui eut pour effet de redresser le fauteuil à une hauteur respectable.

« Bien, mesdames. Que puis-je faire pour vous. Ah, où avais-je la tête… Au nom de tous les membres de ce cabinet prestigieux, nous sommes très heureux de vous accueillir dans notre humble demeure, votre excellence », toussota t-il à nouveau.

Ligeia le regarda d’un air condescendant sans lâcher le poignard. Sa sœur, pressentant le pire, préféra répondre à sa place.

« Encore une fois, c’est nous qui sommes très heureuses de nous retrouver ici. Ce savoir accumulé ici depuis temps de siècles ne peut que susciter respect et admiration. Si nous en avions le temps, nous passerions le restant de nos jours à compulser tous ces traités accumulés par vos soins et ceux de vos prédécesseurs ».

Excédée, Ligeia planta violemment le poignard dans le bureau ce qui les fit tous les deux sursauter.

« Bon. Venons en au fait. On ne va pas s’éterniser. Selon un certain Talar Al Althar, grand émissaire du mage éternel, vous auriez quelque part dans ce bordel des renseignements précieux nous concernant, en particulier sur nos origines. Ces informations sont indispensables pour notre libération et notre avènement. Alors ? ».