XVIII/7.3 – Fragment N°3
Aux abords de Thalirie
Djalesh / Tralayellarel
Sur la grande plaine des terres exondées, non loin de Thalirie, ils se tenaient tous là, en rang. Aucun ne manquait à l’appel. Il fallait les voir, ces puissants qui pour beaucoup d’entre eux se haïssaient, le regarder avec leurs yeux furibonds. Cela faisait longtemps qu’un tel événement ne s’était pas produit. Le temps avait-il de l’importance pour ces êtres ? Sans doute pas. Les historiens du royaume en témoigneraient. Un fait marquant dans l’histoire du royaume que Djalesh espérait se normaliser.
Toutes les factions étaient représentées avec un savant soucis d’équilibre. Ses sujets avaient fait preuve de tact, personne ne devait être froissé. Une tâche qu’il leur avait volontiers délaissée. Il comprenait mieux maintenant les pointes d’humeur de sa sœur Ligeia. Gouverner, commander. Pour des gens d’action comme elle et lui, cela demandait beaucoup d’effort. Écraser, ils savaient faire. Ordonner aussi. Mais si l’on escomptait s’inscrire dans la durée, il était nécessaire de composer avec les susceptibilités des uns et des autres. Se montrer parfois dur, d’autres fois mielleux, écouter, récompenser… autant d’aspects à travailler. Il passa en revue les principaux acteurs. Une myriade de serviteurs et suppôts bruissaient derrière eux.
Les quatre généraux des armées se tenaient droits, non sans jeter des regards chargés de haine vers les trois autres. Ils se détestaient. On prétendait que ces quatre death knight – BloodLess, BlowStorm, MistWar et DarkFear– formaient jadis un Pentacle nommé « Le Belliqueux ». Le cinquième, Evernight a disparu. Il faudra qu’il prenne le temps de s’informer à son sujet. Il existe un récit, que beaucoup considère comme une fable si ce n’est un mythe, narrant l’histoire de ce pentacle, mais celui-ci a été oublié, perdu dans les méandres du temps et des mondes. Ce récit était connu sous le nom de « Mémoire d’une ruine ». Mentor, le narrateur, s’en souviendra, c’est certain. Une copie du récit doit se trouver dans le tombeau de Zathis.
Zathor, le monarque des morts sur Almagamo, était vêtu de son éternelle tunique pelucheuse couleur crème. Il ne fallait par se laisser abuser. Ce vieillard à la longue chevelure léonine et à la barbe fournie était beaucoup plus vigoureux que ne le suggérait son âge. Le monarque exerçait la terreur dans son palais à Ilairthe. Il se souvenait encore de sa première entrevue avec ce personnage hautain et prétentieux lors de la révolte des égarés. Leur fuite dans la faille et leur arrivée sur la poche de SansFard. La confrontation avec les membres du Pentacle la Main, la trahison de Xanaelle.
La Reine des spectres, Sandomn, dirigeante de la faction immatérielle était elle aussi présente. Depuis sa tentative de rédaction de pacte avortée sur l’île de la solitude il y a quelques temps de cela, il s’en méfiait beaucoup. Son charme envoûtant et ses maléfices tarabiscotés en avaient emportés plus d’un. Elle essaierait sans doute de le séduire encore. Il se prêterait volontiers à ce marivaudage qu’elle affectionnait mais cette fois, sans perspective, du moins l’espérait-il…
Angrimm, son meilleur ennemi l’observait. Ils se connaissaient et s’affrontaient depuis la nuit des temps. Un combat quasi éternel entre lui, intransigeant et fidèle à ses principes et son adversaire qui revêtait son manteau de trahison si déroutant. Ce n’était pas un hasard si on le surnommait Le Versatile ou le Paradoxal, selon les époques. Il aimait déjouer ses opposants. Sa lame, Plague, celle qui provoquait le changement était considérée comme égale à la sienne. Par chance, cette dernière se trouvait en sa possession…. Il la sentait vibrer à ses côtés alors qu’il arrivait à sa hauteur. L’autre le dévisagea d’un air sournois, s’avança d’un pas, bravant son autorité.
Ça suffit ! » Une voix tranchante et glaçante rompit le silence. La Reine venait de s’avancer vers l’audacieux. « Qui t’a autorisé à rompre le rang ? » Ses yeux blancs aux teintes vermillons flamboyaient avec une telle intensité que celui-ci retourna à sa place. Djalesh entendit sa lame gémir à ses côtés quand Tralayellarel s’était approchée de lui. L’incident passé, le prétendant au titre de Commandeur des morts poursuivit sa revue des troupes.
Il s’arrêta devant La Monarque, la salua d’un geste révérencieux. La cérémonie se déroulait dans son royaume, cela faisait partie du protocole. Elle tenait fermement dans sa main l’objet sacré, le Sceptre des morts, le symbole de la monarchie, objet de toutes les convoitises. Pourtant, nul ici ne songerai à s’en emparer sans risquer de susciter l’ire de tous les morts. Le protocole, encore une fois. Kriss, son familier, était lové à ses pieds. Ce midnight cat la suivait partout. Il ne fallait pas se méprendre sur cet animal en apparence chétif et inoffensif.
………………
Plus tard
« Tu es trop doux avec tes sujets, Virtuose. Tu dois asseoir ton autorité. Ils te testent. Ils n’hésiteront pas à te défier si tu n’es pas implacable ou si tu fais preuve de faiblesse ». Il l’enlaça. La force de caractère de cette femme l’avait toujours impressionné. Sa froideur et cette impression d’inexorabilité qui émanait d’elle suscitaient l’effroi de son entourage. D’ailleurs, elle ne se contentait pas de menacer. Il l’avait déjà vu à l’œuvre. Elle n’hésitait pas à couper les têtes des impudents avec sa terrible épée. Il n’y avait qu’avec lui qu’elle s’adoucissait.
Repoussant son bras, elle se tourna vers lui. « Tant que tu ne détiendras pas la Tueuse des dieux, tu devras rester sur tes gardes. Après, tu gouverneras à ta guise selon ta convenance ! Tu exerces une forme de régence en ce moment qu’ils ont accepté faute de mieux. Soit intraitable. Je ne serai pas toujours à tes côtés… méfie toi ».
Il l’étudia. Il connaissait ses capacités de prédictions. Elle avait dû entrevoir quelque chose… Il est vrai que ces derniers temps, il avait tendance à se reposer sur elle… elle avait raison, il faudrait qu’il renforce sa garde et qu’il soit plus vigilant.
« Ah, autre chose… Une chose très importante. Vitale même. Il faudra dire à celle que tu appelles ta sœur, Éclipse, d’agir»… elle repoussa ses longs cheveux blancs qui lui tombaient dans les yeux et plongea ses yeux opalescents dans les siens. Il n’aimait pas ces moments quand elle endossait son habit de devineresse. Elle ne s’expliquait jamais et lui se perdait en conjectures.
« Cette Monarque… Yshosnar». Il entrevit un jeune homme d’une vingtaine d’années, le visage d’une jeune fille vive au regard obstiné, d’autres visages qui se brouillaient… « Elle est une grande importance pour toi. Vectrice involontaire de ton accomplissement. Veille sur elle. Je ne crois pas qu’elle soit en danger car nous avons déconstruis le temps et l’espace…. Éclipse doit se renseigner. Les shadow fiend du temps ont rompu les ponts, d’autres les gardent ». Il la regarda interloqué …
« La Monarque veillera sur toi aussi ».

